Le meilleur smartphone est peut-être celui que vous gardez.
Android ou iPhone ? Pendant longtemps, la question semblait résumer à elle seule le choix d’un smartphone. Avec le temps, j’en suis venue à en regarder une autre : combien de temps voulons-nous réellement faire durer nos appareils ?
Le numérique ne commence pas lorsque l’écran s’allume. Il commence bien avant.
Deux écosystèmes. Pas deux mondes.
Android et iOS restent différents. Mais la vieille opposition entre « Android ouvert » et « Apple premium » raconte de moins en moins bien la réalité.
Les deux permettent aujourd’hui de communiquer, travailler, photographier, naviguer, payer, créer et accéder à des milliers d’applications.
Les différences se trouvent davantage dans l’écosystème, le matériel disponible, la personnalisation, les politiques de mises à jour et le degré de contrôle exercé par chaque acteur.
La diversité.
Android équipe de nombreux fabricants et des appareils très différents. Cette diversité permet davantage de choix, mais la durée du support dépend aussi fortement de la marque et du modèle.
L’intégration.
Apple contrôle le matériel, iOS et une grande partie de son écosystème. Cela produit une expérience cohérente, mais aussi un environnement plus fermé.
Et non, Google Play n’est pas simplement une boutique où tout entre sans contrôle. Google impose lui aussi des politiques et des procédures aux applications distribuées sur sa plateforme.
Autrement dit : opposer un « Apple Store élitiste » à un Android totalement libre simplifie beaucoup trop la réalité.
J’ai utilisé un iPhone 7 acheté d’occasion.
Pas le modèle le plus récent.
Pas celui qui impressionnait le plus par sa fiche technique.
Mais il fonctionnait.
Je connaissais l’écosystème Apple, mes habitudes étaient installées et je n’avais pas besoin de changer simplement parce qu’un nouveau Galaxy ou un nouvel iPhone venait de sortir.
Ce téléphone m’a finalement appris quelque chose de plus intéressant que la comparaison entre deux systèmes.
Un téléphone qui existe déjà possède un avantage difficile à battre : il n’a pas besoin d’être fabriqué une seconde fois.
Un smartphone tient dans une main. Sa chaîne de production, beaucoup moins.
Derrière l’écran, il y a du verre, une batterie, des circuits électroniques, des plastiques, des métaux et de nombreux composants.
Derrière ces composants, il y a encore l’extraction, la transformation, l’assemblage, le transport, l’énergie et du travail humain.
Puis vient la fin de vie : réparation, reconditionnement, revente, recyclage ou parfois simplement un appareil oublié dans un tiroir.
Le téléphone est petit. Son histoire matérielle, elle, est immense.
Le numérique n’est pas séparé du réel.
Il commence dans la matière.
Faire durer avant de remplacer.
Il n’existe probablement pas de smartphone parfaitement « éthique ».
Les chaînes d’approvisionnement sont complexes, les matériaux nombreux et les impacts répartis à différentes étapes de la fabrication et de l’utilisation.
En revanche, nous pouvons déplacer certaines décisions.
Lorsqu’un appareil existant répond encore au besoin, le neuf n’est pas automatiquement nécessaire.
Une batterie ou un écran ne devraient pas systématiquement condamner l’appareil entier.
Un appareil physiquement fonctionnel peut devenir difficile à conserver lorsque les mises à jour de sécurité s’arrêtent.
Une amélioration technique n’est pas automatiquement une raison de remplacer ce que nous possédons.
Fairphone a déplacé une question essentielle : pourquoi nos téléphones sont-ils si difficiles à faire durer ?
Lorsque j’avais écrit la première version de ce texte, le Fairphone 3 représentait pour moi une autre manière de penser le smartphone.
Lancé en 2019 par l’entreprise néerlandaise Fairphone, il mettait notamment en avant la modularité, la réparabilité et l’allongement de la durée de vie.
L’intérêt du projet n’était pas de prétendre fabriquer un téléphone miraculeusement sans impact.
Il était aussi de remettre la durée de vie au centre de la conception.
Lancement du Fairphone 3.
La marque avait initialement annoncé un objectif de cinq années de support.
Fairphone a finalement prolongé le support du modèle pendant environ sept ans, avec une dernière mise à jour logicielle en 2026.
Et si la performance d’un téléphone se mesurait aussi au nombre d’années pendant lesquelles nous pouvons continuer à l’utiliser ?
Un téléphone peut encore fonctionner matériellement et devenir progressivement obsolète logiciellement.
C’est une dimension essentielle de la durabilité numérique.
Même un appareil conçu pour être réparé dépend encore de son système d’exploitation, des mises à jour de sécurité, des applications, des pièces disponibles et des réseaux auxquels il doit se connecter.
Faire durer un appareil est un problème matériel. Mais aussi un problème logiciel.
La réparabilité ne suffit donc pas.
La durée du support fait elle aussi partie de la durée de vie réelle d’un objet numérique.
Regarder ce qu’il y a dans nos téléphones.
Comprendre la matérialité d’un smartphone aide aussi à regarder autrement cet objet devenu presque banal.
Je ne cherche plus forcément le meilleur téléphone.
Je regarde davantage celui que je peux conserver, réparer, acheter d’occasion ou continuer à utiliser.
Cela ne règle pas tous les problèmes de l’industrie mobile.
Mais cela change déjà la question.
Le futur n’est peut-être pas dans le prochain téléphone.
Il est peut-être dans celui que nous décidons de garder.

