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Écho Inébranlable de Thomas Brail

Depuis les hauteurs de Paris, Thomas Brail défend la cause écologique en s'élevant littéralement contre les projets qui menacent notre environnement. Face à lui, l'A69, un chantier qui suscite autant de débats qu'il suscite d'émotions.

ARBRES · A69 · NUMÉRIQUE · VIVANT

Thomas Brail.
L’homme, l’arbre et le réseau.

Un homme monte dans un arbre. À première vue, le geste est simple. Mais quelque chose se transforme.

En 2019, Thomas Brail s’installe dans un platane, face au ministère de la Transition écologique.

L’arboriste-grimpeur veut attirer l’attention sur des arbres menacés d’abattage.

À cette époque, je suis moi aussi reliée à cette histoire. Pas dans l’arbre. Derrière mon clavier.

J’apporte mon soutien numérique à la mobilisation.

Avec le recul, je comprends que cette histoire ne parle pas seulement d’un homme qui défend des arbres. Elle parle de notre manière de regarder le vivant.

01 · MÉTAPHORE

L’arbre était déjà un réseau avant Internet.

Racines. Tronc. Branches. Ramifications.

L’arbre nous accompagne depuis si longtemps que nous avons fini par utiliser sa forme pour représenter nos propres systèmes.

Nous parlons d’arborescence pour organiser des fichiers. De racine pour désigner l’origine d’un système. De branches en informatique. D’arbres de décision pour représenter des choix.

Même nos technologies les plus abstraites continuent d’emprunter leurs images au vivant.

Nous avons construit des réseaux numériques en utilisant le vocabulaire d’un monde que nous prétendons parfois avoir dépassé.

L’arbre n’est donc pas seulement le sujet de cette histoire.

Il peut en devenir l’architecture.

02 · MÉTAMORPHOSE

Puis Thomas Brail monte dans l’arbre.

Et le regard change.

Jusque-là, un arbre menacé par un projet d’aménagement peut rester une ligne dans un dossier. Un numéro. Une contrainte. Une chose que l’on prévoit de déplacer ou de supprimer.

Mais lorsqu’un homme s’installe dans ses branches, l’arbre change brutalement de statut.

CHANGEMENT D’ÉTAT
Arbre refuge tribune image information symbole.

Thomas Brail aussi change de position.

Arboriste au sol, il devient corps dans l’arbre. Puis photographie. Puis vidéo. Puis visage associé à une lutte.

En montant dans l’arbre, Thomas Brail ne le quitte pas. Il change notre manière de le regarder.

Mobilisation autour de Thomas Brail et de la défense des arbres
Lorsque le corps humain entre dans l’arbre, ce qui pouvait rester invisible devient une scène.

Pour continuer à ignorer l’arbre, il faut désormais ignorer aussi l’homme qui se trouve dedans.

Et soudain, tout le monde regarde vers le haut.

2019 → 2023

Quatre ans plus tard, l’image revient.

En septembre 2023, Thomas Brail se retrouve de nouveau dans un platane face au ministère de la Transition écologique.

Cette fois, la mobilisation concerne le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres.

Sa grève de la faim donne une dimension supplémentaire au geste.

Mais derrière la figure de Thomas Brail, le conflit pose une question beaucoup plus large : celle de nos choix d’aménagement, de l’artificialisation, des terres agricoles et de la place que nous accordons au vivant dans nos infrastructures.

Mobilisation contre le projet d'autoroute A69 entre Toulouse et Castres

Que sommes-nous prêts à supprimer pour gagner quelques minutes ?

03 · MÉTA

Puis l’arbre devient média.

Thomas est dans l’arbre.

Quelqu’un le photographie.

Quelqu’un publie cette photographie.

Une plateforme la distribue. Un algorithme participe à décider qui la verra. Des militants la partagent. Des journalistes la reprennent. Des moteurs de recherche l’indexent.

L’arbre le réel
Thomas Brail le corps
La photographie l’image
La publication le récit
L’algorithme la distribution
Le partage la ramification
Nous le regard

L’arbre physique vient de produire une arborescence informationnelle.

Un arbre possède des branches.
Une information aussi.

LE NUMÉRIQUE SORT DE L’ÉCRAN

Et le vivant entre dans l’écran.

En 2019, pendant que Thomas Brail occupait son arbre, j’étais derrière mon clavier.

Ces deux positions semblent éloignées.

Pourtant, une mobilisation contemporaine n’existe plus uniquement à l’endroit où elle se déroule.

Elle existe sur le terrain. Dans la rue. Dans un arbre. Devant un tribunal.

Mais aussi dans les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les messageries, les vidéos et les sites web.

Le numérique ne remplace pas le terrain. Il devient l’un des endroits où le terrain continue d’exister.

Et c’est ici que la question devient vraiment NetMedia.

Qui produit l’image ? Qui la diffuse ? Qui la classe ? Qui la recommande ? Qui la voit ?

Et qui ne la verra jamais ?

Quand un arbre tombe hors de notre fil d’actualité, fait-il encore du bruit ?

04 · MÉTAPHYSIQUE

Au fait.
Qu’est-ce qu’un arbre ?

La question paraît presque absurde.

Pourtant, toute l’histoire est peut-être là.

Un arbre peut être regardé comme une ressource. Un obstacle à un chantier. Un élément du paysage. Un habitat. Un organisme vivant. Un patrimoine.

Notre manière de le nommer change déjà notre manière de décider de son avenir.

Nous pouvons mesurer sa hauteur.

Son diamètre.

Son âge.

Le carbone qu’il stocke.

La valeur de son bois.

Les espèces qu’il abrite.

Mais avons-nous, pour autant, mesuré l’arbre ?

Il reste son ombre.

Le paysage qu’il compose. Le sol qu’il protège. Les oiseaux qui y nichent. La mémoire du lieu.

Les personnes qui se sont assises dessous.

Et surtout le temps.

Le temps qu’il a fallu pour qu’il devienne cet arbre. Et celui qu’il faudra pour qu’un autre puisse, éventuellement, prendre sa place.

Tout ce qui compte n’entre pas nécessairement dans une cellule Excel.

REGARDER DERRIÈRE L’IMAGE

Thomas Brail n’est pas l’arbre.

Et l’image ne doit pas effacer le débat.

Une action spectaculaire attire naturellement notre attention.

Un homme perché. Une grève de la faim. Des images fortes.

Mais derrière elles restent des choix d’aménagement, des décisions politiques, des intérêts économiques, des données environnementales et des territoires habités.

Soutenir une cause ne dispense pas de comprendre ses arguments.

Et comprendre un conflit ne devrait jamais nous obliger à transformer le monde en deux camps parfaitement simples.

Regarder l’image.
Puis regarder derrière l’image.

VOIR · COMPRENDRE · AGIR

Je pensais écrire sur un homme dans un arbre.

Je me retrouve à écrire sur l’arbre.

Puis sur l’image de cet arbre.

Puis sur les réseaux qui transportent cette image.

Puis sur notre manière de décider de ce qui mérite d’être vu, protégé ou sacrifié.

C’est peut-être cela que l’arbre raconte depuis le début.

Tout est affaire de relations.

Sous terre, les racines.
Au-dessus, les branches.
Entre les humains, les récits.
Entre les machines, les réseaux.

Et quelque part au milieu : nos choix.

Le numérique n’est pas séparé du vivant.

Il est une nouvelle couche du monde que nous habitons.

Reste à savoir ce que nous voulons y faire pousser.