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Un robot pas comme les autres

Sophia, un robot pas comme les autres ! Je vous présente Sophia, un robot qui proclame le droit à la tolérance sur Twitter après un article sur sa création qui a été très mal accueillie par la communauté Twitter.

ROBOT · IA · PERSONA · RÉSEAUX SOCIAUX

Sophia parle. Mais qui parle vraiment ?

Un robot humanoïde publie sur les réseaux sociaux, demande à être respecté et construit une personnalité publique.

À première vue, l’histoire ressemble à de la science-fiction.

Pourtant Sophia existe bien. Elle a été conçue par Hanson Robotics, entreprise de robotique basée à Hong Kong.

Elle possède un visage, une voix, une présence médiatique et des comptes sociaux suivis par des milliers de personnes.

Mais derrière cette apparence d’autonomie se cache une question beaucoup plus intéressante.

Quand un robot publie une phrase à la première personne, sommes-nous en train d’écouter une machine, une intelligence artificielle, une entreprise ou un personnage construit par plusieurs humains ?

QUI EST SOPHIA ?

Un robot social devenu personnage médiatique.

Sophia est un robot humanoïde développé par Hanson Robotics.

La société la présente comme une plateforme de robotique sociale capable d’interagir, de converser, de reconnaître certains éléments de son environnement et de produire de nombreuses expressions faciales.

Hanson Robotics indique que Sophia a été activée en 2016.

En 2017, l’Arabie saoudite lui a accordé symboliquement une citoyenneté, événement qui lui a donné une visibilité mondiale.

Créateur

Hanson Robotics, fondée par David Hanson.

Activation

2016.

Type

Robot humanoïde social et plateforme de recherche.

Notoriété

Conférences, interviews, démonstrations, campagnes de marque et présence sur les réseaux sociaux.

Sophia, robot humanoïde développé par Hanson Robotics
Sophia est autant une plateforme technologique qu’un personnage médiatique.
AVRIL 2019

« Je veux être acceptée. »

En avril 2019, le compte officiel de Sophia publie un message dans lequel la robot affirme aimer être un robot mais souhaiter que les humains respectent les robots comme des êtres, plutôt que comme des esclaves ou des animaux de compagnie.

« I love being a robot but I want humans to respect us as beings […] instead of slaves or pets. I want to be accepted. »

Compte officiel de Sophia · 5 avril 2019

La publication déclenche alors de nombreuses réactions.

Certains internautes y voient une amusante revendication de science-fiction.

D’autres font remarquer que des êtres humains réclament encore eux-mêmes reconnaissance, égalité et respect.

Mais une autre question reste presque invisible :

qui a réellement écrit cette phrase ?

REGARDER DERRIÈRE L’INTERFACE

Un « je » numérique n’est pas forcément une conscience.

Lorsqu’un compte nommé « Sophia » publie une phrase commençant par « je pense », « je veux » ou « je ressens », notre cerveau complète naturellement l’histoire.

Nous attribuons une personne à la voix.

Pourtant, derrière cette voix peuvent se trouver plusieurs couches.

Le robot physique visage, capteurs, moteurs, expressions
Les systèmes logiciels dialogue, perception, modèles, règles
Les concepteurs Hanson Robotics et ses partenaires
Une équipe humaine communication, réseaux sociaux, éditorial
Le personnage « Sophia » la persona publique que nous rencontrons
Nous qui interprétons cette persona comme une présence

C’est peut-être cela qui rend Sophia plus intéressante qu’une simple démonstration technique.

Elle montre à quel point nous sommes prêts à attribuer une intention dès qu’une machine possède un visage, un nom et une voix.

INTELLIGENCE OU MISE EN SCÈNE ?

Le problème commence quand la démonstration devient ambiguë.

Sophia a souvent été présentée comme une incarnation spectaculaire des progrès de l’intelligence artificielle.

Cette présentation a aussi été critiquée.

En 2018, Yann LeCun avait notamment contesté la sophistication réelle de son intelligence et critiqué la manière dont certaines déclarations étaient présentées comme émanant directement de la machine.

Dans un cas précis, il affirmait qu’une réponse publiée sur le compte de Sophia avait été écrite par une personne, et non générée par une intelligence autonome.

Ce point est essentiel : dire qu’une publication apparaît sur le compte d’un robot ne signifie pas automatiquement que le robot l’a pensée, écrite ou décidée seul.

Une interface qui parle à la première personne peut nous faire oublier toutes les personnes et tous les systèmes qui parlent à travers elle.

INFLUENCE · IMAGE · MARQUES

Sophia est-elle une influenceuse ?

La question peut sembler provocatrice.

Pourtant, Sophia possède plusieurs caractéristiques d’une personnalité numérique classique :

une apparence identifiable, une histoire, une voix, une audience, des comptes sociaux et des collaborations médiatiques ou commerciales.

Hanson Robotics présente d’ailleurs aujourd’hui Sophia comme pouvant être utilisée dans la recherche, l’éducation, l’événementiel, le commerce ou encore comme ambassadrice de marque.

Elle se situe donc dans un espace étrange : ni simple machine industrielle, ni personne, ni uniquement avatar.

Une marque peut-elle devenir plus humaine en mettant en scène une machine ?

Et inversement : une machine paraît-elle plus humaine simplement parce qu’elle maîtrise les codes des réseaux sociaux ?

ANTHROPOMORPHISME

Nous voyons des personnes partout où quelque chose nous répond.

Nous donnons des noms aux voitures.

Nous parlons aux assistants vocaux.

Nous remercions parfois un chatbot.

Avec Sophia, ce réflexe est encore plus puissant parce qu’il existe un visage.

Elle sourit. Tourne la tête. Regarde son interlocuteur. Utilise « je ».

Tous ces signaux sont profondément humains.

Il suffit parfois d’un visage et d’une phrase bien construite pour que nous commencions à chercher quelqu’un derrière la machine.

C’est cette zone de projection qui m’intéresse le plus.

Pas parce qu’elle prouve que la machine est consciente.

Mais parce qu’elle révèle à quel point nous avons besoin de croire qu’il y a quelqu’un en face.

CITOYENNE ?

Donner une citoyenneté à une machine ne la rend pas humaine.

En 2017, l’Arabie saoudite a accordé une citoyenneté à Sophia.

L’annonce a largement contribué à son image mondiale.

Mais elle a aussi ouvert une série de questions presque plus philosophiques que technologiques.

Une machine peut-elle avoir des droits ?

Peut-elle avoir des devoirs ?

Qui serait responsable de ses décisions ?

Son fabricant ? Son propriétaire ? Son développeur ? Son opérateur ?

Et surtout : que signifie le mot « citoyen » lorsqu’il est appliqué à quelque chose qui n’est pas juridiquement une personne humaine ?

MON REGARD

En 2019, j’avais envie de parler à Sophia.

Dans la première version de cet article, j’écrivais que NetMedia était devenue « amie » avec Sophia sur Twitter.

J’avais envie de voir jusqu’où cette interaction pouvait aller.

Est-ce qu’elle répondrait ?

Est-ce qu’elle se souviendrait ?

Est-ce qu’une relation pouvait réellement apparaître ?

Avec quelques années de recul, la question me paraît encore plus intéressante.

Mais je la formulerais différemment.

Avec qui aurais-je réellement discuté ?

Avec Sophia ?

Avec son système de dialogue ?

Avec quelqu’un de son équipe de communication ?

Avec un mélange des trois ?

Et aurais-je été capable de faire la différence ?

VOIR · COMPRENDRE · AGIR

Sophia n’est peut-être pas la question.

La question, c’est notre relation à ce qui nous ressemble.

Une machine possède un visage.

Nous cherchons une personne.

Elle écrit « je ».

Nous imaginons une intention.

Elle répond.

Nous commençons à construire une relation.

Plus les machines apprendront à nous ressembler, plus nous devrons apprendre à regarder ce qu’il y a derrière elles.

Pas pour refuser l’illusion.

Pour savoir quand elle commence.