
Les hoaxes : pourquoi ces faux messages continuent-ils de circuler ?
« C’est officiel. » « C’est passé à la télé. » « La date limite, c’est aujourd’hui. » « Copiez-collez ce message sur votre mur. »
Si vous utilisez Facebook depuis quelques années, vous avez probablement déjà croisé ce type de publication.
Elles changent de formulation, disparaissent quelques mois, puis reviennent.
Leur point commun : elles donnent l’impression qu’une action urgente peut protéger vos données, votre compte ou vos droits.
Le hoax fonctionne rarement parce qu’il est crédible. Il fonctionne parce qu’il déclenche quelque chose.
« Je n’autorise pas Facebook à utiliser mes photos. »
L’un des hoaxes les plus persistants affirme qu’il suffirait de publier un texte sur son profil pour empêcher Facebook ou Meta d’utiliser certaines données ou certains contenus.
« C’est officiel. […] Demain commence la nouvelle règle Facebook. Je n’autorise pas Facebook ni aucune entité associée à Facebook à utiliser mes photos, informations, messages ou publications. […] Copier et coller. »
Ce type de texte ne modifie pas un contrat, une politique de confidentialité ni les conditions d’utilisation d’une plateforme.
Publier une déclaration personnelle sur son mur ne crée pas une nouvelle règle juridique applicable à Meta.
Un bon hoax contient souvent les mêmes ingrédients.
« C’est officiel », « un avocat l’a confirmé », « c’est passé à la télévision ».
Il faut agir maintenant, avant une prétendue date limite.
Copier. Coller. Partager. Commenter.
Ici, la crainte de perdre le contrôle sur ses données ou ses photos.
Le message a besoin de vous pour continuer à exister.
Parce qu’un hoax ne cherche pas seulement à convaincre votre raison.
Il vise souvent quelque chose de plus rapide : la peur, l’indignation, la méfiance, le sentiment d’urgence ou l’envie de protéger ses proches.
Et lorsque l’émotion arrive avant la vérification, le bouton « partager » est rarement très loin.
C’est ce qui rend ces messages intéressants : ils ne racontent pas seulement quelque chose sur la désinformation.
Ils racontent aussi notre manière de réagir à l’information.
Tous les hoaxes n’ont pas le même objectif.
Certains sont de simples canulars.
D’autres servent à attirer des clics, augmenter artificiellement la visibilité d’une page, récupérer des abonnés ou préparer des tentatives d’escroquerie.
Certains messages trompeurs peuvent également conduire vers des pages de phishing, des formulaires frauduleux ou des téléchargements dangereux.
Il faut toutefois éviter d’attribuer une intention unique à tous les hoaxes.
Une rumeur peut aussi simplement être recopiée par des personnes persuadées de rendre service.
Une fausse information n’a pas besoin que tout le monde soit malveillant. Elle a surtout besoin que suffisamment de monde la transmette.
Copier-coller un statut ne change pas les règles de traitement de vos données.
Ce qui encadre juridiquement l’utilisation de vos données ne se trouve pas dans un texte publié sur votre profil.
Il faut regarder les conditions du service, les paramètres proposés, la réglementation applicable et la base juridique utilisée pour chaque traitement.
Meta propose aujourd’hui en Europe une formule payante permettant d’utiliser Facebook et Instagram sans publicité. Il existe aussi des options gratuites financées par la publicité. Une publication personnelle sur votre mur ne modifie toutefois pas ces conditions.
Autrement dit : le fait que Facebook propose ou non une formule payante n’a aucun rapport avec le message « je n’autorise pas Facebook à utiliser mes photos ».
Le consentement n’est pas le seul fondement du traitement des données.
Le RGPD est applicable dans l’Union européenne depuis mai 2018. Il encadre la manière dont les organisations peuvent collecter et utiliser des données personnelles.
Mais une précision est importante : le consentement n’est qu’une des bases légales possibles.
Selon le traitement concerné, une organisation peut aussi s’appuyer, par exemple, sur l’exécution d’un contrat, une obligation légale, une mission d’intérêt public ou un intérêt légitime.
Lorsque le consentement constitue bien la base retenue, il doit notamment être libre, spécifique, éclairé et univoque.
Le droit numérique est plus compliqué qu’un copier-coller. C’est précisément pour cela que les hoaxes aiment les solutions trop simples.
Quelques réflexes suffisent souvent à faire tomber le décor.
Chercher la source originale.
« C’est officiel » n’est pas une source. Qui a publié l’information ?
Se méfier de l’urgence.
« Aujourd’hui seulement », « avant minuit », « partagez immédiatement » : l’urgence est souvent là pour empêcher la vérification.
Vérifier ailleurs.
Consultez plusieurs sources fiables, les sites institutionnels ou des services de vérification des faits.
Observer ce que le message vous demande de faire.
Cliquer ? Copier ? Donner une information ? Installer quelque chose ? Partager à tous vos contacts ?
Ne pas relayer « au cas où ».
Un partage prudent reste un partage. Et c’est précisément ce dont une rumeur a besoin.
Le vrai sujet n’est pas seulement : « Est-ce faux ? »
Il est aussi intéressant de demander :
Pourquoi ce message paraît-il crédible ?
Quelle peur utilise-t-il ?
Quelle réaction cherche-t-il à provoquer ?
Et surtout : pourquoi avons-nous envie de le transmettre ?
La désinformation ne circule pas toute seule.
Elle circule à travers nos clics, nos émotions et nos réflexes.
Vérifier, c’est déjà reprendre une partie du contrôle.

